Le Labrador et l’expédition 51°: là où la nature règne sans limites
Nous avons parcouru l’île de Terre-Neuve, afin de ne pas simplement faire demi-tour, nous empruntons à nouveau un ferry pour rejoindre le Labrador. La route va être longue sur cette terre sauvage et nous réserve des moments uniques. Nous suivons la route de l’Expédition 51°;qui va nous mener jusqu’au golfe du Saint-Laurent au Québec.
Le Labrador est la partie continentale de la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador, située dans l’est du Canada. Bordé par la mer du Labrador à l’est et partagé avec la province du Québec à l’ouest, il couvre un immense territoire de plus de 290 000 km², mais demeure très peu peuplé.
Cette région est réputée pour ses paysages sauvages et préservés. Elle contient de vastes forêts boréales, des montagnes, des rivières, des fjords et une toundra nordique.
Blanc-Sablon sur le territoire du Québec
Le ferry arrive, nous le regardons se vider puis l’embarquement commence, nous serons rapidement à bord et partons découvrir le bateau. Il y a beaucoup de Québécois à bord, nous discutons avec certains d’entre eux tout en admirant plusieurs icebergs. Je passerai beaucoup de temps à lire pour essayer d’oublier que le bateau tangue beaucoup.
La traversée va durer 1h30 entre Sainte-Barbe sur Terre-Neuve et Blanc-Sablon. Et nous voilà de retour sur le continent. Le village de Blanc-Sablon est situé au Québec, mais n’est pas relié au réseau routier principal du Québec. Il n’est accessible que par avion, bateau ou par le Labrador. Nous prenons la route et serons rapidement de retour sur le sol du Labrador.
Devant le panneau du Labrador, nous nous arrêtons afin de faire des photos. Nous ferons aussi des vidéos vu la façon dont mes cheveux volent dans le vent fort. Mais au moins le soleil brille, il se reflète dans les icebergs qui nous accueillent dans le port comme le long de la côte. L’horaire change comme souvent ces prochains jours au point que l’on va s’y perdre, nous gagnons 30 minutes.

Le début de l’Expédition 51°
Nous commençons la Trans-Labrador Highway qui nous mènera jusqu’au Québec, à nouveau. La Trans-Labrador Highway ou l’Expédition 51° est une route mythique de 1700 km. Elle relie la côte nord québécoise et les grands espaces sauvages du Labrador.
À peine quelques kilomètres et nous nous en prenons plein la vue, les paysages sont incroyables. La route monte et descend, nous traversons des plateaux couverts de forêts et de lacs. Il y a encore de la neige, un peu partout, nous faisons plusieurs arrêts afin de graver ces paysages en photos.

Pinware River
C’est une rivière de 108 km qui est la plus grande de la côte sud du Labrador. Nous garons le van sur le parking au bout du pont. Ainsi nous pouvons marcher sur le pont et photographier cette rivière incroyable. La couleur de l’eau est saisissante.

Red Bay
Arrivés à Red Bay, nous pensions y dormir, finalement nous faisons juste un arrêt. Nous laissons le van sur un parking et partons à pied visiter ce lieu connu pour être une importante station baleinière basque au 16e siècle. Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, nous avions très envie de découvrir ce village.
Le centre d’accueil est fermé à cette heure, nous ne verrons donc pas l’exposition mais ce n’est pas grave, juste visiter la ville nous plaît.

Mary’s Harbour et les White Water Falls
Nous prenons la route sous un ciel bleu, avec moins de vent. Nous roulons jusqu’à Mary’s Harbour, un petit village fondé en 1935, il y avait alors 18 résidents permanents. En 2016, il y en avait 341.
Nous allons découvrir les White Water Falls. La balade nous prend 1h15 à travers les plaines et parfois à travers la neige. Nous admirons de près l’humus d’un vert tendre, nous en verrons souvent ces prochains jours. Un chemin en planches de bois, nous permet de traverser les marais, un bruit va attirer notre attention, un castor ? Nous ne le saurons pas.
Nous passons devant la piste de l’aéroport puis arrivons aux chutes, elles sont magnifiques. Un arc-en-ciel brille dans l’eau qui se fracasse sur les roches. Sur des panneaux, nous découvrons que la rivière est un lieu de pêche au saumon depuis 1780. Le lieu est apaisant, nous y restons un moment puis reprenons le chemin en sens inverse.

Port Hope Simpson
L’arrêt suivant sera à Port Hope Simpson, créé en 1934 sous forme d’un camp de bûcherons. Le lieu a été nommé ainsi en l’honneur du commissaire anglais aux ressources naturelles.
Nous y faisons le plein de diesel pour le véhicule et le chauffage. Mais nous ne parviendrons pas à remplir le jerrican car le pistolet est celui d’un camion, déjà compliqué pour faire le plein du véhicule, c’est impossible pour le petit jerrican.
En payant le diesel, Najib nous achète des cafés froids, des Mars et des bonbons, ils nous feront tenir durant les nombreux kilomètres suivants. Lorsque nous quittons le village, un panneau annonce la prochaine station-service dans 410 km.

Happy Valley-Goose Bay
Alors qu’il neige, nous roulons 50 minutes pour rejoindre la ville de Happy Valley – Goose Bay. C’est le centre urbain le plus peuplé de cette région. Notamment en raison de la basse aérienne qui se trouve être la plus grande du Nord-Est de l’Amérique du Nord.
Nous y faisons le plein de diesel à 1,90 dollar canadien, le moins cher depuis notre arrivée dans ce pays. Dans la même station-service, Najib demande si nous pouvons faire le plein d’eau. C’est accepté sans même nous demander combien de litres nous allons prendre. Nous fixons notre tuyau sur le robinet qui dépasse de la façade et remplissons notre van d’eau potable et gratuite.
N’ayant plus rien à grignoter rapidement, pour nos repas de midi, nous allons au supermarché de la ville. Un lieu surprenant, un vaste bâtiment en tôle sans fenêtres, avec juste une petite entrée. Nous y découvrons un grand panel d’objets et un peu de nourriture à des prix élevés. Nous hésitons et finalement décidons de prendre du poulet déjà cuit et de la purée de pommes de terre pour notre fille. C’est cher mais bon contrairement à la qualité d’autres produits. Nous mangeons assis dans le van sur le parking.
Vers 13h, nous reprenons la route, pour découvrir que cette ville est construite sur un plateau sablonneux. Entre les arbres, sur les bords de la route, il y a du sable et, par endroits de petites dunes, c’est étonnant à voir. Il y a plus de diversité dans la forêt, nous observons des feuillus couverts de petites feuilles d’un vert tendre. Étant près d’une ville, nous retrouvons aussi, les bords de routes rasés afin de prévenir l’arrivée des orignaux. Ils viennent sur le bord des routes pour y lécher le sel répandu pendant l’hiver. Aujourd’hui, nous parcourons 313 km.

Churchill Falls, la digue et la chute d’eau
Nous arrivons devant la centrale hydro-électrique, nous aurions voulu la visiter mais cela se fait qu’à partir de la mi-juin. C’est dommage, car c’est la deuxième plus grande centrale souterraine au monde, cela doit être intéressant de la découvrir. Achevée en 1974, il y a eu 88 digues construites pour stocker l’eau du réservoir Smallwood.

La digue et le village
Nous roulons jusqu’à une des digues. Il est possible de rouler dessus car elle est construite en roche, cela fait une drôle de sensation. Une expérience sympa, de plus il y a encore de la glace sur le lac et la vue depuis là-haut est chouette.
Au village de Churchill Falls, nous en faisons le tour, impressionnés par le fait que ce village a été construit uniquement pour les familles qui travaillent dans la centrale. Puis nous faisons le plein de diesel, dans cette drôle d’ambiance. Nous reprenons la route pour nous arrêter à peine plus loin.

Les chutes d’eau
Nous laissons le van sur un petit parking et allons faire la randonnée qui permet de découvrir les chutes d’eau. Au départ de celle-ci, un panneau annonce la présence d’ours, cela va inquiéter Bella, alors nous marchons avec le téléphone dans la poche diffusant de la musique. C’est sympa de marcher en musique et cela prévient la forêt de notre présence.
Nous parcourons 3,15 km, avec des vues incroyables sur la rivière et les chutes d’eau. Au point de vue, nous pouvons admirer des cascades d’une hauteur de 75 m. Elles ont été nommées ainsi en l’honneur de l’ancien Premier ministre britannique Winston Churchill. Le débit de l’eau varie considérablement car la majeure partie de l’eau est détournée par la centrale. Najib fera voler le drone car cette eau sur cette roche est vraiment particulière.

Labrador City
Arrivés à Labrador City, nous allons au centre d’accueil touristique. Nous parcourons la petite exposition sur la ville et trouvons des autocollants et des pin’s gratuits, de chouette souvenirs. La ville a été fondée pour loger les employés de la compagnie minière, en 1959.
Nous reprenons le van pour aller à peine plus loin, à l’entrée de la Iron Ore Company, se trouve un truck, un camion minier. C’est un des engins utilisés pour travailler dans les mines, Najib gare le van à côté. Notre véhicule est minuscule comparé à ce monstre ; nous pouvons nous tenir debout dans le moteur.
L’arrêt suivant se fait dans la micro-brasserie Iron Rock Brewing Co. Najib y déguste des bières locales, moi, des cocktails et Bella des nachos, car on a l’obligation de lui acheter à manger pour autoriser sa présence dans un bar. Ce moment classique dans un bar, nous fait du bien.

La deuxième partie de l’expédition 51° sur le territoire du Québec
Fermont
Nous rejoignons la ville de Fermont pour nous arrêter au centre d’accueil touristique. La dame qui nous reçoit sera heureuse de parler de sa ville et le fera avec passion. De plus, elle le fait en français, ce qui change la donne pour moi. Elle va nous indiquer les lieux à visiter, parler de l’histoire de la ville qui fête ses 52 ans et nous montre la petite exposition au sein du bâtiment.
Les visites de la mine de fer, ne sont pas encore possibles, donc nous nous rabattons sur l’expo, mais entre les panneaux et ce que la dame nous explique, nous aurons un bel aperçu de cette mine gigantesque.
Nous nous rendons en ville afin de visiter le mur, un énorme bâtiment, construit afin de protéger les maisons de la ville du vent. À l’intérieur, appartements et services publics, tous ce qui est nécessaire pour vivre sans mettre le nez dehors. Nous parcourons le lieu, fascinés par sa conception et nous interrogeons sur la météo qui impose un tel bâtiment pour simplement vivre.

Le mur-écran c’est : construction de 1973 à 1976, 15 m de haut, 1,3 km de long, 5 étages et demi, 292 appartements, 30 vivoirs (chambres avec salle de bains pour les travailleurs célibataires). Ainsi que centre de santé, écoles, bibliothèque, hôtel de ville, service incendie, locaux de sports et de loisirs, aréna, piscine, salle de quilles, centre commercial, hôtel et bureau de poste.
Les tests de vent ont démontré que le mur-écran protège environ 300 maisons de façon efficace et 300 autres partiellement. À l’exception de celui de Fermont, seulement deux autres murs-écrans ont été construits en milieu nordique dans le monde : l’un en Suède et l’autre en Russie. En 1980, Fermont avait une population de 4500 personnes. Elle était de 2500 personnes en 2021.

Gagnon
Notre premier arrêt de la journée se situe sur l’aéroport abandonné de la ville de Gagnon. Une ville construite en 1960, à l’ouverture d’une mine de fer puis entièrement rasée en 1985, suite à la fermeture de la mine.
Sur la piste, où le dernier vol a été effectué le 1er juillet 1985, nous prenons le temps de faire des images, le lieu est particulier et nous plaît. À peine plus loin, à la place de la ville, nous voyons des drapeaux et trois panneaux parlant un peu du lieu.
La nature a repris ses droits, il reste de la ville que des trottoirs et des arbres plus petits en raison de leur jeunesse. Plusieurs jours plus tard, nous apprendrons de la part d’une ancienne habitante de la ville, que seul le cimetière a été conservé. Le sable a recouvert le lieu et son histoire.

Le barrage Manic-5
À la fin de la piste, nous découvrons le barrage Manic-5, il est gigantesque. Nous nous garons devant afin de faire des photos de notre maison roulante. Il est le plus grand barrage à voûtes multiples et à contreforts au monde. Il mesure 214 m de haut et retient le réservoir Manicouagan. Il a fallu 2,2 millions de m² de béton pour le construire.

Fin de la route Expédition 51°
Il nous faudra parcourir encore quelques kilomètres pour arriver au bout de cette aventure. La route de l’Expédition 51° va se terminer à Baie-Comeau.
Animaux découverts au Labrador
Castor et renard
Après le souper, il commence à faire frais, nous nous installons au chaud. Najib, assis sur le siège avant, bien que retourné, il a une vue de la forêt et à deux reprises, il ouvrira la porte pour nous faire profiter du spectacle. Nous verrons un castor qui va tourner autour de la poubelle, semblant récupérer quelque chose au sol puis c’est un renard qui nous fera l’honneur de sa présence.
Il est magnifique, il va tourner autour de la poubelle puis du van. Nous sortons pour le photographier. Il tourne autour de nous, sans vraiment nous approcher mais assez pour que nous puissions faire de belles photos. Des moments précieux.

Ours
Alors que nous quittons notre bivouac, nous roulons à peine quelques minutes, quand soudain Najib freine, dit « ours » et fait demi-tour. Je peine à croire ce qu’il vient de dire. Il retourne en arrière et s’arrête sur le bas-côté. Il y a un espace pour s’arrêter, entouré de forêt, une petite cabane occupe le fond ainsi que de nombreux déchets.
Une voiture est arrêtée, Najib a aperçu un flash ce qui l’a fait regarder dans cette direction, c’est ainsi qu’il l’a vu. Il est là en face de nous, il nous regarde afin de voir comment nous allons nous comporter. Il reste un moment, il semble hésiter sur ce qu’il veut faire, puis il se retourne et s’enfonce entre les buissons. Incroyable, un ours ! Nous venons de voir un ours. Nous restons un instant à scruter les buissons, mais il ne reviendra pas, alors nous reprenons la route.
Nous aurons la chance d’en voir deux autres sur la route.

Conduire sur les routes de l’Expédition 51°
Au Labrador, la route a été complètement asphaltée en 2022. Le 5 juillet 2022, l’achèvement du dernier tronçon entre Cartwright Junction et Happy Valley – Goose Bay, a permis d’avoir plus de 1100 km de route entièrement asphaltée à travers le Labrador. Cela facilite la conduite, seul le Québec compte encore deux sections de piste.
Deux tronçons de piste au Québec
A peine avons-nous quitté Fermont que nous commençons le premier tronçon de piste. Après avoir regardé un train sans fin passer, nous découvrons ce que le mot « piste » signifie ici. Cela se fera sans grandes difficultés, la terre est tassée, recouverte de gravier.
Seule la tôle ondulée est pénible mais Najib s’arrête et dégonfle les pneus, cela va faciliter le reste de la piste. De gros camions empruntent cette route, ils sont énormes et roulent vite, mais ont l’amabilité de freiner lorsqu’ils nous croisent. Notre crainte est qu’un caillou heurte le pare-brise mais il n’en sera rien.
Nous entamons le dernier tronçon de piste. La végétation environnante change, il y a plus de diversité dans les arbres. Les feuillus sont d’un vert tendre. Les montagnes se profilent à l’horizon, nous finissons par les traverser. La route monte et descend sans cesse, au point que je suis obligée d’arrêter de lire au risque de vomir. Il y a beaucoup de tôle ondulée, malgré les pneus dégonflés, cela sera fatiguant pour nos corps.

Beaucoup d’émotions sur ces routes sans fin
Lorsque nous quittons le village, un panneau annonce la prochaine station-service dans 410 km. Nous commençons à enchaîner les kilomètres, ils défilent parmi la forêt et les lacs, il n’y a absolument aucune trace d’activité humaine dans ces contrées. De temps en temps, nous croisons un véhicule, mais ce sentiment d’être seul au milieu de la nature va nous poursuivre. Je flotte entre une sensation d’irréalité, d’émerveillement et de crainte. Nous roulons encore et encore, cela me fascine.

Mon endroit coups de cœur : La chute d’eau Churchill Falls
Que ce soit la marche ou les cascades, tout m’a plu dans cet endroit. La nature est magnifique et la roche taillée par l’eau est incroyable.

Conseils pratiques
Toujours vérifier le niveau de carburant
Il y a de longs tronçons sans aucune station, il est important de vérifier régulièrement le niveau de carburant.
Avoir un pneu de rechange
Cela peut éviter de devoir attendre des heures qu’une dépanneuse arrive.
Un téléphone satellite – Starlink
Il n’y a aucune connexion en dehors des villes. La grande majorité des véhicules croisés ont Starlink installé derrière le pare-brise. La solution idéale pour pouvoir appeler en cas de problème.
Avoir de la nourriture en réserve
Il y a peu de magasins et surtout les prix sont plus élevés. Fait le plein de nourriture avant de partir, cela t’évitera de grosses dépenses.
Fascinés par l’immensité des terres du Labrador et le plaisir de faire de la piste, cette route de l’Expédition 51°, nous a offert des souvenirs magiques. Nous avons aimé cette sensation d’être seuls au monde sur ces lignes droites sans fin.
Entre le froid et le rythme soutenu depuis que nous sommes au Canada, nous sommes fatigués, mais le Québec a encore bien des merveilles à nous faire découvrir. Alors nous entamons la route des baleines.
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